Trésoriers, vous n’échapperez pas à la digitalisation de votre fonction. Autant l’apprivoiser et en connaitre les enjeux pour en profiter et ne pas la subir.

Avant tout développement sur ce sujet, il convient de définir ce que sont ces nouvelles technologies Digitales qui commencent à s’imposer dans les trésoreries.
Ainsi les API souvent évoquées dans le cadre de l’Open Banking ne sont pas de véritables technologies. Ce ne sont finalement que des interfaces temps réel facilitant l’échange de data entre banques et entreprises.
En revanche le Data Analytics, l’Intelligence Artificielle (IA), la Robotic Process Automation (RPA), la Blockchain sont bel et bien des technologies nouvelles, de ruptures, que les trésoriers doivent apprendre à connaitre pour comprendre comment elles vont faire évoluer leur métier et leurs process.

Petite revue des nouvelles technologies

Le Data Analytics peut être vu comme l’évolution naturelle de ce qui fut appelé la Business Intelligence. Il combine l’accès à de multiples sources de stockage des informations (les Data Lakes), la capacité à faire de ces data hétérogènes des données analysables (par exemple traduire des données en langage naturel en data pouvant se ranger dans des catégories) et enfin des outils de Data Visualization : lisant la presse quotidienne vous avez remarqué combien la qualité des infographies s’était améliorée ces dernières années utilisant pour cela des outils d’un nouveau type (dont l’ancêtre serait les graphiques d’Excel).
L’Intelligence Artificielle peut être résumée comme étant l’association de la puissance des Algorithmes et du Machine Learning utilisant là encore des bases de données de plus en plus conséquentes (d’où le concept de Big Data).
La Robotic Process Automation est le remplacement d’un humain par une machine (un programme) pour exécuter des tâches répétitives notamment celles où un humain interagit avec un logiciel.
Et enfin la Blockchain, une technologie qui offre rapidité de transaction, stockage anonymisé, décentralisé et sécurisé.

Des technologies déjà opérationnelles pour accompagner les trésoriers

En suivant le quotidien d’un trésorier, il est possible d’illustrer comment celui-ci peut utiliser ces nouvelles technologies :
La journée commence par la collecte des data via les RPA (communication bancaire, interfaces avec les autres systèmes, rapprochements automatiques, activation des API…).  Le Data Analytics transforme, valide, agrège toutes ces data et les présente en faisant des recommandations (besoin de Cash de chaque Business Unit par exemple). L’Intelligence Artificielle repère d’éventuelles anomalies (fraudes, retards, erreurs) et valide la pertinence des cash forecasts sur une période longue.
La journée se poursuit et le digital continue son travail : mises à jour en temps réel des data et échanges avec les autres systèmes internes ou externes (RPA), analyses et propositions de stratégies de couvertures (IA), présentées pour discussion et approbation aux responsables/valideurs (Data Analytics). Les paiements/encaissements se font instantanément (Blockchain), les deals sont stockés et accessibles pour tous (la fonction Smart Contracts de la Blockchain).

L’IA étudie chacun des tiers impliqués à la fois sur son rating et pour déterminer s’il est la meilleure contrepartie possible pour un deal.
Et ainsi se déroule et se continue la journée du trésorier et de ses outils digitaux.

Les gains attendus des outils digitaux

Ils sont multiples mais bien entendu ce sont les gains liés aux prévisions de trésorerie qui sont le plus attendus par les trésoriers et les directeurs financiers. Des prévisions plus fiables, ayant un périmètre exhaustif, un horizon temps plus important, permettant d’améliorer le rendement du Working Capital.
Des économies aussi sont attendues notamment grâce à un accroissement de la productivité. Une meilleure lutte contre la cyberfraude devenue la hantise des trésoriers.
Mais sans doute, plus important que ces gains ‘quantitatifs’, ce que les trésoriers peuvent espérer de la mise en place de ces technologies, c’est un gain qualitatif. Toutes les études réalisées sur ce sujet le montrent, les trésoriers veulent une évolution de leur rôle à la fois au sein de la Direction Finances mais aussi au sein de l’organisation dans son ensemble. Le Digital leur permet de devenir force de proposition par exemple dans la définition de la politique de Risk Management. Il offre aussi un levier pour devenir un partenaire légitime et crédible des autres directions. Ainsi ils peuvent travailler avec le Commercial ou le Marketing pour proposer des solutions de paiements innovantes (dématérialisation, rapprochement des Points de Vente et des Points de Paiement grâce aux solutions innovantes des Fintech) ou – grâce à l’analyse des comportements ‘paiement’ des abonnées à un service – proposer des solutions pour augmenter la fidélité et le revenu par utilisateur.

Face au Digital, le trésorier n’est pas seul

D’abord il a une équipe et celle-ci doit elle aussi se ‘digitaliser’. Dès à présent, les assistants de trésorerie doivent se former, comprendre et intégrer les nouvelles technologies. Pas uniquement dans une optique d’utilisation mais celle d’une véritable exploitation. La technologie libérant des tâches répétitives, permettant de meilleures prévisions, analyses, l’équipe Tréso doit devenir une force de proposition sur des évolutions stratégiques, des solutions innovantes à proposer aux Business Unit partenaires. Pour cela le trésorier doit anticiper les formations qu’il devra offrir à son équipe.
Ensuite le trésorier doit tenir compte des partenaires externes à son organisation : les banques et les fournisseurs de technologie(s), les Fintech. Il doit comprendre que les premiers lui proposent des services innovants qui reposent sur les outils conçus par les seconds. Et de facto il est au cœur de ce que sera le Cash Management de demain, ce qui est pour lui une opportunité plutôt séduisante.

Conclusion

Les trésoriers ont déjà vécu bien des révolutions technologiques ces dernières années : la communication bancaire, les progiciels, les interfaces, les ERP, la dématérialisation. Ils ont appris que leur métier reposait de plus en plus sur la technologie. Ces révolutions étaient surtout d’un intérêt productif, quantitatif. Le digital est une ‘disruption’ car s’ils le comprennent et savent l’utiliser, il sera pour eux un réel outil leur permettant d’imposer plus encore la fonction Trésorerie comme une composante stratégique de leur entreprise.