L’intérêt des trésoriers pour les API et l’Open Banking n’est pas évident. Pourtant, ils ne devraient pas négliger les opportunités offertes par ces évolutions.

Blockchain, RPA, SCT, Supply Chain Finance, Working Capital, SaaS, Cloud, décidemment, les trésoriers sont constamment confrontés à de nouveaux mots, acronymes, concepts. Et comme si cela ne suffisait pas, il faut maintenant rajouter API, Open Banking, DSP2. Mais derrière ces mots, quels intérêts concrets ? Quels gains attendre ? La réponse est sans doute à chercher un peu plus loin que celle du simple cash management.

Un intérêt a priori limité

API : Application Programming Interface (ou Interface de Programmation d’Application en français),
Open Banking : phénomène incitant les banques à ouvrir leurs systèmes d’information et à partager avec leurs concurrents une partie de leurs données clients,
DSP2 : Directive Européenne sur les Services de Paiement 2ème version.
Une réglementation force l’évolution des services proposés par les banques en ouvrant la concurrence (notamment aux Fintech), le tout rendu possible par des interfaces informatiques. En quoi cela concerne-t-il les trésoriers sur un sujet qui à première vue impacte surtout les Institutions Financières (banques et assurances) ?
Pour les TPE/PME un intérêt : celui de pouvoir accéder à de meilleurs services notamment celui d’une plateforme permettant à une banque unique de donner des informations sur les soldes de tous les comptes d’une société même s’ils sont ouverts auprès d’autres banques.
Pour les grandes entreprises l’intérêt semble se limiter à quelques micro-gains : SCT instantané, meilleure connexion avec Swift via les gpi. Pas de quoi bouleverser le quotidien d’un trésorier groupe.
Et ce d’autant plus que les blogs, articles LinkedIn et de la presse spécialisée décrivent un ‘phénomène’ technique et complexe. Technique car se traduisant essentiellement par des échanges automatisés de data. Ambigu car si l’écosystème en parle, les cas d’utilisation efficients, les services à valeur-ajoutée proposés par les banques ne sont pas légion. Quand au public (les consommateurs) il semble ignorer qu’une disruption est à l’œuvre.

Et pourtant, les trésoriers devraient s’intéresser à cette ouverture

Comme souvent dans les transformations profondes d’une industrie (en l’occurrence le système bancaire), il est intéressant de raisonner stratégie plutôt que tactique.
Aujourd’hui les trésoriers ont, entre autres, deux sujets qui leur tiennent à cœur. L’un est celui de la digitalisation de leur fonction. L’autre est une question : comment gagner en responsabilité au sein de leur entreprise. API, Open Banking et DSP2 sont peut-être de bons leviers pour gagner sur les deux tableaux.
Pour cela il faut aller un peu plus loin que l’Open Banking et en fait considérer que cette évolution fait partie d’une révolution plus générale, celle de l’Open Data.
L’Open Banking est une nouvelle opportunité pour accéder à des data sur les clients (les consommateurs). Data qui intéressent toutes les Directions Marketing notamment dans le cadre de l’Expérience Client, de la fidélisation des abonnés…
En connaissant les data que l’Open Banking met à la disposition des entreprises, les trésoriers peuvent devenir des forces de proposition et donc des partenaires du marketing en répondant à une question simple, celle de la valeur ‘business’ de ces data.
Ces mêmes data peuvent intéresser d’autres directions : logistique, compliance…
Or les trésoriers ont depuis très longtemps mis en place des outils de communication automatisés et efficaces avec les serveurs bancaires. Ce n’est pas une interface supplémentaire (format, protocole) qui devrait poser problème. Si une API doit être mise en place entre l’entreprise et l’une de ses banques, c’est tout naturellement le trésorier qui saura le plus efficacement faire le lien entre la DSI, la Direction intéressée par les data et le partenaire bancaire. Un bon moyen pour le trésorier pour accroître sa visibilité interne et les responsabilités qui lui sont confiées.
Par ailleurs le trésorier est, de par sa fonction au sein d’une entreprise, l’interlocuteur des chargés de compte des banques.  C’est lui qui peut le plus facilement établir un contact, avoir une conversation, mener une négociation pour mettre en place un nouveau service. Il peut ainsi devenir l’interface entre les banques et les différentes directions d’une entreprise pouvant bénéficier des data bancaires des consommateurs.
Par le dialogue avec d’autres managers, il leur apporte des éléments d’information (techniques et fonctionnelle) sur des opportunités de création de valeur débordant de ses propres responsabilités (simplification des paiements,  meilleure connaissance des consommateurs dans un optique de conquête de part de marché ou de renforcement du taux de fidélité des utilisateurs d’un service).

Conclusion

Au stade de maturité actuelle de la révolution API/Open Banking/DSP2 celle-ci ne semble pas devoir rentrer dans le périmètre d’attention des trésoriers. Mais en l’intégrant dans une réflexion à moyen terme, cette révolution pourrait être une opportunité qu’il serait dommage de ne pas saisir. Son rôle peut évoluer pour l’imposer comme un véritable partenaire et non un simple prestataire de service interne.