Les trésoriers veulent voir leur rôle évoluer. La négociation du budget est une opportunité à saisir pour arriver à ce résultat. En suivant quelques conseils…

Il fut un temps où les trésoriers n’avaient qu’une obsession : gagner en productivité. Nouvelles générations de logiciels, répétitivité des tâches humaines et informatiques, diminution des ressources financières allouées à ce département mal considéré, autant d’éléments ayant contribué à n’assigner qu’une mission aux trésoreries : en faire plus avec autant (si ce n’est moins). Il est sans doute temps de passer à autre chose.

L’émergence d’une nouvelle image de la trésorerie

Dans la plupart des entreprises, la trésorerie a longtemps été considérée comme une excroissance de la Comptabilité ne devant s’occuper que de tâches répétitives, obscures et mécaniques. Se connecter avec les banques, vérifier les encaissements/décaissements, produire des reportings pour répondre à la question simple de la disponibilité (ou l’indisponibilité) de fonds pour effectuer les règlements opérationnels ou d’investissement.
Mais les Directeurs Financiers s’étant vu confier de nouveaux rôles (Risk Management par exemple), ceux-ci ont compris que les trésoriers étaient à même d’assumer de nouvelles responsabilités.
Par ailleurs les nouveaux outils ont offert une visibilité de long-terme permettant de raisonner stratégie et non plus seulement opérations. Dorénavant un CFO s’adresse tout autant à la trésorerie qu’à la comptabilité ou au contrôle de gestion. Des métriques (KPI) ont fait leur apparition pour suivre l’efficacité non seulement du Cash Management mais aussi du Risk Management (dettes, FX) voire du financement des investissements.
Les trésoriers sortent de leur isolement pour discuter avec la Logistique, le Marketing, le Commercial. Les outils (TMS) sont connectés avec les ERP et les logiciels métiers (RH par exemple). Et la digitalisation de la fonction de trésorier (cf. notre dernier article sur ce sujet) va encore accentuer l’évolution de la fonction de trésorier d’entreprise car ils peuvent non seulement créer de la valeur mais aussi participer à l’élaboration de nouveaux produits/services, faciliter les négociations avec les tiers, bref devenir, au sein d’une entreprise, de véritables partenaires et non plus uniquement des exécutants.

Construire un budget cohérent avec ce nouveau rôle

Comme tous ses collègues le trésorier va doucement entamer la procédure budgétaire. Il est donc important de la préparer pour que le budget de la nouvelle année ne soit pas simplement une question de coefficient appliqué au budget de l’année en cours.
Cette préparation passe par un premier travail qui est celui de comprendre les enjeux du Directeur Financier pour devenir son allié dans l’atteinte de ses objectifs : passer de l’opérationnel à l’analytique, participer à l’adoption de nouveaux process, contribuer à la création de nouvelles data, être en mesure d’absorber une acquisition, un plan de relance, une meilleure maîtrise des risques…
Un trésorier doit intégrer les contraintes de son N+1 et lui apporter des solutions. Il doit aussi démontrer les contributions que lui et son équipe peuvent apporter à l’entreprise dans son ensemble : participation à l’EBITDA, réduction des risques, intérêt des nouvelles technologies, expérience client…
Ce premier travail réalisé, il sera temps de s’attaquer au fameux fichier Excel en listant les besoins et leur budget : systèmes, formations, ressources (au sens de talents).

Un budget, cela se gagne

Sans nécessairement se (re)plonger dans Machiavel, un trésorier doit apprendre à vendre son budget. Il doit proposer d’anticiper plutôt que réagir, prévenir plutôt que guérir. Il apporte des solutions (et bien sûr continue à résoudre des problèmes).
Il doit faire partie intégrante des considérations stratégiques impliquant la Finance. Ne pas hésiter à multiplier les interactions avec les autres départements en s’enquérant de leurs problématiques finances (moyens de paiement, délais, frictions, défiscalisation).
Le trésorier peut, et son équipe avec lui, intervenir comme consultant interne. Par exemple, la création d’une banque ‘in-house’ peut être un projet fédérateur dont il sera le maître d’œuvre. Il peut faire en sorte que les plans stratégiques intègrent des métriques (et donc des incitations) mesurant la liquidité et les risques. Et bien sûr il participe, voire il anticipe, la digitalisation en cours. Il a pour cela accumulé des années d’expérience lui ayant procuré une agilité dont il pourra témoigner auprès de ses collègues.

Conclusion

Les trésoriers souhaitent une évolution de leur rôle. Ils aspirent à être considérés comme des partenaires stratégiques non seulement au sein de la Direction Finances mais plus globalement par les autres départements. L’élaboration du budget est sans doute le bon moment non seulement pour définir ce que pourrait être concrètement ce nouveau rôle mais aussi pour faire bouger les lignes. Moment clé d’une année, aux trésoriers de s’en emparer pour gagner en responsabilités et en moyens d’actions.