De nombreux éléments contribuent à accroitre la volatilité des prix des marchandises. Un trésorier se doit d’agir plutôt que le subir.

Un extraterrestre regardant de loin la planète Terre pourrait porter sur elle un jugement ambigu : elle est belle mais elle est en danger. Climat, conflits, tensions… autant de facteurs contribuant à l’émergence et la perduration d’instabilités à prendre en compte. Pour le trésorier, la gestion des risques est un challenge du quotidien. Il a compris qu’il fallait mieux agir plutôt que subir. C’est le cas notamment pour le Risque Marchandise (ou Commodity Risk) généralement appréhender par son acronyme, le CRM : Commodity Risk Management.

Des causes multiples, une conséquence unique

Les marchandises étant des biens produits/achetés ils sont soumis à la loi de la concurrence qui en détermine la valeur.  Mais l’offre et la demande sont sensibles à différents éléments qui affectent les prix : le prix payé au producteur, le prix payé par le consommateur final.
Ainsi le Brexit – choc politique – aura nécessairement une incidence prix qu’il est déjà possible d’anticiper. Idem pour les tensions commerciales.
Ainsi aussi des chocs sanitaires, vache folle, virus, évolution des réglementations, qui peuvent durablement remettre en cause une chaine d’approvisionnement.
Ainsi encore des chocs climatiques. La Californie produit 80% des amandes mondiales. La répétition des méga-feux dans cette Etat pourrait rapidement conduire à une hausse démesurée du prix de ce produit utilisé dans la cosmétique, l’agro-alimentaire…
Vouloir appréhender toutes les causes des risques Marchandises serait un travail de Titan et existe-t-il des instruments, des modèles opératoires pour s’en prémunir ?
Heureusement l’offre et la demande sont gérées par des éléments de régulation, les contrats, les marchés et finalement par le prix. Appréhender le Commodity Risk Management revient donc essentiellement à s’intéresser à la volatilité des prix des marchandises. Et c’est là qu’un trésorier peut agir.

Quelle attitude adoptée ?

Les options face à la volatilité des prix des marchandises, phénomène analysé de longue date, sont au nombre de quatre :

  • L’option dite du passe-plat : quand le coût de l’approvisionnement augmente l’entreprise transfert ce sur-coût sur le consommateur. La marge est préservée mais le consommateur peut soit se retourner vers un concurrent acceptant de diminuer sa marge, soit chercher un produit de substitution,
  • Transférer le risque sur le fournisseur par des contrats avec des prix plafond, des clauses de rupture de contrat… L’entreprise est protégée contre la volatilité mais il faut trouver un fournisseur ‘souple’ et celui-ci fera sans doute payer une prime de risque dans le prix négocié,
  • Transférer le risque sur un tiers en recourant aux marchés financiers. Solution simple consistant à fixer un prix d’achat de la couverture face au risque et à la compréhension de leurs mécanismes. Cependant toutes les marchandises ne sont pas couvertes par les différents marchés financiers.
  • Dernière option, stratégie de long terme, intégrer la chaine d’approvisionnement. Ainsi des grandes marques de maroquinerie françaises dorénavant propriétaires de troupeaux pour se garantir le prix et la disponibilité des meilleurs peaux. Mais il faut être sûr d’avoir les compétences pour gérer une activité qui n’est pas son propre cœur de business.

Le Trésorier et la gestion financière du risque

Si l’entreprise choisi pour parti l’option 3 – le recours au marché financier – le rôle du trésorier devient central car les filiales locales ne peuvent avoir une vision globale du risque. Sa gestion doit être coordonnée en accord avec le ‘niveau de risque accepté’ défini par la Direction. Les systèmes et compétences humaines sont regroupés et gagnent en efficacité.
Une fois l’infrastructure mise en place, il convient de s’intéresser au mode opératoire. En commençant par déterminer les composants de l’exposition aux risques pour savoir lesquels peuvent être couverts via les marchés.
Cette granularité du risque réalisée, il faut passer à l’étape de quantification du risque : un risque existe soit quand les prix (achat et vente) sont fixes soit quand le prix est fixé avant la livraison. En agrégeant chacun des risques unitaires (prix fixes, prix fixés à l’avance, prix non encore fixés, échéance temps, devise d’exposition…) on obtient une Position du Risque (à l’identique de ce qui est réalisé pour établir une position de Risque de Change).
Ayant quantifié chaque risque, le trésorier, dans le respect du niveau de risque accepté, détermine comment soit neutraliser soit jouer avec le risque. Jouer car il peut être intéressant, en fonction de ses capacités/compétences/appétences d’essayer d’optimiser sa gestion – en évitant la tentation de la spéculation… Les différents outils proposés sur les marchés financiers (Options, Futures, Swap…) sont à portée de main des trésoriers qui doivent toutefois s’assurer de leur capacité à les gérer correctement (TMS, front et back offices, comptabilisation, respect des normes comptables et réglementaires).
Et toute cette pratique doit s’intégrer dans un cadre managérial : le risque doit faire l’objet d’une attention permanente, le P&L du choix d’une gestion active/passive mesuré régulièrement et, en fonction des montants en jeu, il faut être en capacité d’assurer un suivi temps réel. Tout ceci a un coût temps/compétences/système qui doit être confronté au gain réel pour être ajusté si besoin est.

Conclusion

Le Risque Marchandise n’est pas le souci des toutes les entreprises. Et parmi celles qui y sont exposées, toutes ne peuvent investir dans une approche active, financière du Commodity Risk Management. Il est souvent plus simple voire efficace de neutraliser le risque au plus tôt. Pourtant certains choisissent ou choisirons de prendre à bras le corps ce Risque pour gagner ces quelques points de marge qui dans certains secteurs – Retail notamment – peuvent faire la différence et à long terme assurer la pérennité d’une entreprise.