La gestion du Risque de Change est bien sûr une de vos priorités. Mais elle ne doit pas être l’arbre qui cache la forêt des risques à intégrer dans votre stratégie.

La gestion du Risque de Change est l’un des priorités des trésoriers. Avec des taux d’intérêts au plus bas, et ce pour une période qui semble devoir durer, il est normal que l’autre grande composante du Risk Management – le change – soit l’objet d’une vigilance accrue. Pourtant d’autres risques sont à considérer et c’est pour les trésoriers une opportunité d’accroître leur domaine de responsabilité.

La gestion du risque de change n’est plus ce qu’elle était

Certains trésoriers se souviennent encore d’avoir suivi avec intérêt et crainte les évolutions du cours FRF/DEM (Franc/Mark pour les plus jeunes). La lire italienne pouvait plonger du jour au lendemain et le cours du franc contre dollar était couvert par des options de change à barrières activantes/désactivantes.
Puis l’Euro est apparu, les systèmes d’information (TMS, ERP…) ont “progicialisé” les concepts de position, couverture, exposition… Et surtout les trésoriers ont acquis les compétences pour maitriser le risque de change, la réglementation a encadré l’utilisation d’instruments financiers toujours plus sophistiqués et les ‘crashs’ subis par certaines sociétés ont incité les directions financières à adopter le proverbe tout en sagesse du ‘mieux vaut tenir que courir’.
Aujourd’hui la gestion du risque de change est largement automatisée, la gestion des flux en devises – internes et externes – est optimisée via la centralisation, le netting, le ‘On Behalf Of’ (COBO, ROBO, POBO)… Dans leur grande majorité les trésoriers sont passés d’une gestion tactique à un management stratégique du risque de change. Des optimisations sont encore à réaliser dans l’automatisation et dans l’analytique (data et reporting), des facteurs de risques potentiels sont à intégrer (Brexit, impact des ‘guerres’ commerciales…) et les trésoriers doivent être actifs pour s’assurer que toutes les directions (commerciales, logistique…) prennent en compte ce risque dans l’élaboration de leur stratégie.
Cependant un chiffre intéressant est à prendre en compte. Il est issu d’une étude réalisée par PwC en 2019 : si 100% des CFO et des Trésoriers considèrent que le Cash Forecast est l’une des top priorités de la trésorerie, les CFO ne sont que 69% à penser que le Risque de Change est une de ces top priorités contre 92% des trésoriers.

Cliquez pour afficher l’image

Ces risques souvent négligés qui ne devraient plus l’être

Le premier de ces risques est celui de la fraude et ce notamment car la fraude est devenue cyber, qu’elle est agressive, inventive et multiforme. Pas un magazine spécialisé, pas un forum, un salon qui ne mette en avant ce nouveau risque. Et donc pas un trésorier qui ne soit sensibilisé pour à la fois le comprendre et lutter contre.
Mais il leur faut aussi s’intéresser à des risques souvent négligés et qui pourtant doivent eux aussi être inclus dans leur périmètre de réflexion/responsabilité.
Ainsi du Risque Réglementaire. L’arme des normes et règlements redevient l’un des instruments de plus en plus utilisés par les Etats avec leur conséquence : la sanction. Il faut, 3 minutes, s’imaginer être à la place du trésorier de Huawei lisant chaque matin la presse pour savoir si les gouvernements américain, français, allemand vont (ou non) activer l’arme du règlement pour autoriser ou interdire la vente des systèmes 5G. Suivre l’évolution des interdits sur les ventes de foie gras, de glyphosates, s’abonner au compte Twitter de D. Trump. Les trésoriers doivent s’intéresser à chacun des pays pouvant faire évoluer sa réglementation avec un impact direct en termes de Risque de Liquidité.
Ainsi aussi du Risque Fiscal. Le projet BEPS (Base Erosion and Profit Shifting) de l’OCDE va remettre en cause un grand nombre de solutions fiscales mises en œuvre au cours des dernières années. Idem pour la réforme fiscale en cours aux USA. Les trésoriers potentiellement concernés ont tout intérêt à suivre de près et à anticiper les conséquences concernant, par exemple, l’utilisation des comptes courants intra-compagnie tout autant que le coût des paiements internationaux. En ajoutant que la nouvelle Commission Européenne va elle aussi souhaiter lutter contre ce qu’elle appelle des abus (quand les sociétés parlent d’optimisation).
Et la liste des risques se complète aussi de nombreux autres sujets : contrepartie, pays, crédit…

Conclusion

Il n’est jamais de temps cléments pour les trésoriers. Les taux sont relativement stables, les variations des cours de devises intégrés dans les systèmes et les réflexions. Pourtant ils ont encore – et toujours – de nouveaux risques à prendre en compte. Ils ont tout intérêt à faire une revue à 360° de tous les types de risques auxquels leur société est exposée pour, dans une première étape, savoir s’ils sont exposés, s’ils ont une stratégie adéquate, les bons outils et les connaissances rendues nécessaires.